Histoires de hippies

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Histoires de hippies

Message  hippium le Lun 5 Jan 2015 - 0:02

C’est Marie qui accueillit le vieil homme au musée à 11h du soir. Comme je sillonnais la France pour une tournée de conférences, elle se retrouvait seule au milieu des « hantiquités », ce qui ne la dérangeait nullement. Mais ouvrir la porte à un inconnu au milieu de la nuit, ce n’est vraiment pas dans ses habitudes, même si le visage sur l’écran de surveillance était celui d’un septuagénaire fatigué. Armée d’une batte de base-ball, et après avoir discuté au travers de la porte, elle fit entrer le visiteur.
Il s’excusa longuement de son intrusion à cette heure tardive, et demanda à me voir.
Marie lui répondit que j’étais absent et que, jusqu’à nouvel ordre, je n’avais aucun rendez-vous prévu.
Un peu dépité, il se présenta.
Il s’appelait Paul de Coninck et venait du fond de la Belgique, d’un bled paumé pas loin de Bertrix, pour voir le Surnatéum. Il avait trouvé l’adresse sur internet et voulait absolument se débarrasser d’un objet « perturbant ».
Marie, toujours méfiante, sait que nos collections s’enrichissent parfois grâce aux dons de gens trop superstitieux, et offrit une tasse de café à l’importun. Son aspect lui faisait un peu pitié et elle finit par oublier ses angoisses. Elle prit une feuille de papier et un bic, et nota l’histoire suivante.
Paul posa sur une table un sac élimé duquel il retira un Chilom (pipe à haschisch) et une vieille clé de VW.

Témoignage de Paul De Coninck

Je suis né en 1946 et, jusqu’à 21 ans, j’ai vécu à Acremont. Je dois vous avouer que village plus mort, ça ne doit pas exister, il y a essentiellement des moutons et de l’ardoise, et n’importe quoi aurait été mieux que d’y rester. Au jour de ma majorité, j’ai décidé de partir sur les chemins de Katmandou pour vivre la Grande Aventure et quitter ce monde bourgeois moribond. Avec un peu d’argent en poche, un gros sac à dos et beaucoup d’insouciance, je suis parti faire de l’auto-stop sur la « Hippie Trail », l’ancienne Route de la Soie qu’empruntaient les voyageurs depuis des siècles et devenue l’incontournable chemin des hippies vers l’Inde et le Népal. Je ne vous détaillerai pas le voyage ni les rencontres extraordinaires que j’ai faites, et il m’a fallu environ quatre mois pour atteindre la frontière irano-afghane. En Afghanistan, le haschisch était en vente libre, et je rêvais d’expérimenter les paradis artificiels.
C’est à la frontière que j’ai rencontré Moritz Jacobs. Il était autrichien et conduisait un minibus Combi Volkswagen. Il m’a embarqué et comme j’avais un permis, je pouvais le relayer au volant. Nous étions plusieurs à bord, partagions les frais d’essence et passions les soirées à chanter et à refaire le monde en citant Kerouac et Ginsberg. J’avais acheté un chilom et nous partagions la ganja qu’on pouvait se procurer à tous les coins de rue. Je dois avouer que nous faisions une consommation un peu abusive de chanvre indien, ce qui n’était pas toujours idéal pour conduire… Mais bon ! L’atmosphère Flower Power nous donnait l’impression d’être les maîtres du monde. Les passagers changeaient souvent, mais nous restions ensemble car nous voulions tous les deux arriver à la Freak Street de Katmandou, la rue où on pouvait se procurer tous les psychotropes possibles et imaginables.
Entre les pannes et les crevaisons, nous sommes arrivés dans la capitale népalaise en septembre 67. Nous nous sommes installés dans un logement sommaire et avons vécu de petits boulots et de combines diverses. De toute façon, la vie ne coûtait vraiment pas cher sur place.
Il ne manquait plus à mon bonheur qu’une petite amie.
Je l’ai rencontrée le 15 novembre, un pote à Moritz venait de la photographier pour un magazine américain. Ce fut le coup de foudre immédiat et apparemment réciproque. Contrairement à l’idée qu’on se fait des hippies et du ‘Peace and Love’, Sofie avait énormément de pudeur, et notre relation fut très chaste au début. Moritz semblait également fasciné par elle, mais la fidélité ma copine était sans faille.
Et puis, tout changea brutalement.
Ce soir-là, Moritz était sorti sur Freak Street pour acheter de quoi planer un certain temps et, quand il revint, il avait un regard bizarre. Quelque chose d’indéfinissable mais terriblement pernicieux qui me mit mal à l’aise. Nous fumâmes nos joints et je tombai rapidement endormi. Ce qui est inhabituel car je tenais bien le hasch. Quand je me réveillai, Sofie était nue et vautrée dans les bras de mon pote. Le choc pour moi fut extrêmement violent, mais je mis cette situation sur le compte de la drogue.
Mais au cours des jours qui suivirent, rien ne changea. Sofie avait l’air complètement hypnotisée par l'Autrichien et m’ignorait totalement. Quand j’interrogeais Moritz sur ce brusque revirement, il fit semblant de ne pas comprendre et dit simplement : « That’s Life ! ».
Quelques jours plus tard, je décidai de rentrer en Belgique, l’aventure népalaise me laissant un goût amer. Une fois chez moi, j’ai repris une vie ordinaire, sans la moindre aventure ni passion, jusqu’à ma retraite.
Mais il y a un mois de ça, j’ai revu mon ami autrichien. Il est venu me rendre visite dans mon bled. Son aspect était effrayant, il ressemblait à un zombie anémié qui n’avait pas dormi depuis une quarantaine d’années et faisait 20 ans de plus que son âge. Sur sa veste, il portait un petit ruban noir, signe de deuil. Je l’accueillis amicalement, l’invitai à s’asseoir et lui offrit un verre. Et nous évoquâmes nos jeunes années. La blessure concernant Sofie s’était refermée depuis longtemps.
Pendant que nous discutions, il posa un petit sac sur la table. Je connaissais cet objet, il l’avait acheté à des nomades Banjaras en Inde. Il y plongea la main et en sortit un vieux chilom. Celui que j’avais acheté au moment de notre rencontre et qu’il avait gardé lorsque j’étais rentré. Il me dit que l’objet me revenait et qu’il se faisait un plaisir de me le rendre. Avec un petit sourire, je me levai et allai chercher un objet dans un tiroir. C’était un porte-clés sur lequel était attachée la clé de son combi VW. En quittant Katmandou, j’avais chipé cet objet, un peu par dépit. Il eut une moue amusée et me dit que ça l’avait embêté, mais que finalement quelqu’un avait changé le barillet. De toute façon, son véhicule avait définitivement rendu l’âme peu de temps après mon départ.
Je lui demandai des nouvelles de Sofie. Il se rembrunit, mais se mit à parler, on aurait dit qu’il voulait se libérer d’un poids énorme. Il replongea la main dans le sac et en tira l’objet le plus étrange que j’ai eu l’occasion de voir. C’était une sorte de Patte de Singe aux doigts très allongés. L’un d’entre eux était énorme. Je me demandai de quelle bestiole ça pouvait provenir.
- « Quand je suis allé chercher du hasch, le soir où tu m’as retrouvé enlacé avec Sofie, je suis tombé sur un marchand assez retors. Sa minuscule échoppe regorgeait de trucs bizarres, et cette patte était de loin la plus étrange. Il me dit, d’un ton mielleux que cet objet était dangereux. C’était un talisman fabriqué dans une île lointaine, près de l’Afrique, qui était chargée du pouvoir d’exaucer trois vœux. Mais aucun Indien, même le plus misérable des Intouchables, n’aurait osé jouer son karma à essayer de changer sa destinée. Il me mit en garde sur le fait que les effets des souhaits pouvaient être destructeurs. Pour activer la patte, il suffisait de la tenir en main droite et de penser fortement au désir à exaucer. Habile vendeur, il excita évidemment ma curiosité, bien que je ne croie plus aux fables depuis longtemps. Je payai la ganja, la patte et je revins à l’appartement. Je ne tardai pas à l’oublier dans le sac, en restant toutefois un peu inquiet.
Quand tu nous as quittés, Sofie est devenue vraiment collante, elle ne me lâchait plus. Et elle devint ‘addict’ à la came. Il lui en fallait toujours plus et de plus en plus forte. Un soir, j’ai ramené du Brown Sugar, de l’héroïne de mauvaise qualité. Je ne sais pas avec quoi les vendeurs l’avaient coupée, mais c’était une vraie saloperie. Moi j’étais complètement ‘stoned’, mais Sofie ne décollait pas. Comme elle s’énervait, je pris le talisman en main et souhaitai qu’elle ait le trip de sa vie. A ce moment, j’ai ressenti une sorte de décharge électrique dans le poignet, et je lâchai la patte. Dans la soirée, Sofie fit une telle crise d’overdose qu’elle faillit se jeter par la fenêtre, et tomba dans le coma. Transportée d’urgence à l’hôpital, le médecin lui laissait peu de chance de survie. Pendant cinq jours, elle ne bougea pas. Désespéré, je retournai à l’appart et pris l’objet maléfique. Je souhaitai que Sofie revienne à la vie et… mon vœu fut exaucé. Mais c’est un zombie qui se leva du lit. Elle bougeait mécaniquement et se dirigea vers moi. Son amour était plus présent que jamais.
J’ai passé le reste de ces années à m’occuper d’elle. Elle est morte récemment.




Source :  http://www.virtualmagie.com/ubbthreads/ubbthreads.php/topics/477518/Re:__%5BSpectacle%5D_Les_Sortil%C3%A8ge.

hippium

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Re: Histoires de hippies

Message  Durga le Mer 26 Avr 2017 - 6:49

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