Perte de confiance envers le monde politique

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Perte de confiance envers le monde politique

Message  Jean-Luc le Sam 17 Sep 2011 - 13:55

Les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, à l'occasion de la réédition de leur livre "Le Président des Riches" (Editions La Découverte - devinez de qui on parle ?) constatent la perte totale de confiance envers le monde politique . "Nous avons rencontré un peuple français tétanisé, sidéré et au bout du rouleau."


ENTRETIEN

» Il y a une perte totale de confiance envers le monde politique «

Ils ont franchi la barre des 100 000 exemplaires vendus, un exploit pour un livre de sociologie que seul Pierre Bourdieu était capable d’accomplir. Et ont indéniablement popularisé l’expression » président des riches « .
Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sortent, le 15 septembre, aux éditions La Découverte (287 pages, 9,50 euros), une version augmentée de leur livre Le Président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, paru chez Zones, il y a un an. Car entre-temps, assurent-ils, le président de la République a continué d’oeuvrer en faveur des plus favorisés.
Retraités depuis 2007, ces deux anciens directeurs de recherche au CNRS, qui ont passé leur vie de sociologues à scruter les modes de vie des plus riches, tiennent depuis mai 2007 un journal quotidien des mesures prises au profit des plus fortunés, décortiquant presse, lois et règlements, bilans d’entreprise. Déjà cinquante cahiers noircis.
Votre livre » Le Président des riches » semble avoir déclenché un phénomène…
De septembre 2010 à mai 2011, nous avons fait une tournée d’une centaine de villes, invités par des associations, des librairies, des syndicats, des comités d’entreprise, des grandes écoles… A chaque fois, on nous disait que cela faisait bien longtemps qu’autant de gens ne s’étaient réunis. Quatre-vingts personnes dans une librairie d’Auch, dans le Gers, 370 personnes à Douarnenez, venant de toute la Bretagne, un soir de novembre, sous la pluie. 400 étudiants dans un amphi prévu pour 250 personnes, à l’Institut d’études politiques (IEP) de Toulouse…
De quoi témoigne cet engouement ?
Nous avons rencontré un peuple français tétanisé, sidéré, au bout du rouleau. Conscient de l’exceptionnelle gravité de la situation, et du cycle infernal de sacrifices qu’on lui demande. Il y a un sentiment d’injustice insupportable, une perte totale de confiance envers le monde politique.
Avez-vous perçu une ambiance de veille de révolte sociale ?
Pas vraiment, car l’individualisme est extrêmement présent dans les classes moyenne et populaire… Le capitalisme a détruit tout ce qui faisait la solidarité ouvrière. Ce sont des classes sans identité, contrairement à la bourgeoisie, qui forme un groupe soudé. Et, en arrière-fond, il y a cette idée que l’histoire est finie, que le capitalisme est la seule solution.
Un an après la sortie de la première version du livre, Nicolas Sarkozy est demeuré à vos yeux le président des riches ?
Il l’a été dès la soirée du Fouquet’s, où, pour la première fois, une victoire électorale était fêtée par les figures du CAC 40, dont le président allait devenir le fondé de pouvoir. Et cette politique au service des nantis ne s’est jamais démentie. Récemment, quand le bouclier fiscal devient un tel boulet politique pour Nicolas Sarkozy candidat-2012 qu’il est obligé de le supprimer, sa disparition est différée en 2013. Mais elle s’accompagne d’un allégement de l’ISF à effet immédiat : la moitié des contribuables disparaissent. L’an dernier, il nous annonce un rabotage des niches fiscales de 11 milliards d’euros. En fait, il y a bien 5 milliards de rabotage, mais le reste a seulement consisté à faire passer certaines mesures de la ligne budgétaire » niche fiscale » à celle, plus discrète, des » modalités particulières de calcul de l’impôt (MPCI) « . Comme la niche Copé, qui coûte 18,6 milliards d’euros sur trois ans, et exonère les plus-values résultant de la cession de filiales par les entreprises. Notre déficit est de 95 milliards d’euros, les niches représentent 75 milliards, et les MPCI, 80 milliards…
Avec la crise, les plus fortunés adoptent-ils des modes de consommation moins ostentatoires ?
Les consommations n’évoluent pas, parce qu’elles sont inscrites dans le mode de socialisation de la classe. Pour qu’un collectif fonctionne, il faut de la concurrence. Dans les beaux quartiers, cela se traduit par le yacht de trois mètres de plus que le voisin… Tranquillement, dans cette société si inégalitaire, les plus fortunés continuent à vivre, entre eux, leur mode de vie ordinaire. Rien d’ostentatoire, puisqu’il n’y a pas de public.
Qu’avez-vous pensé de l’appel des seize patrons français à une hausse de leurs impôts, lancé à la fin du mois d’août ?
C’est vieux comme le monde, ces moments de tension où les possédants développent des actions caritatives pour compenser l’exploitation. Cette contribution est exceptionnelle : un an, maximum deux. Elle ne concerne que très peu de monde. Il s’agit d’une ponction de 2 % à partir de 500 000 euros de revenus par an et par part, oublie-t-on de signaler. Pour un couple, chacun doit donc avoir 500 000 euros de revenus. Cela ne devrait rapporter que 200 millions d’euros. L’ordinaire de ces grandes familles, c’est la fraude fiscale, le » off shore « . C’est même intégré à la gestion officielle des banques : la BNP possède 189 filiales implantées dans des paradis fiscaux.
Propos recueillis par Pascale Krémer
15 septembre 2011 © Le Monde


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