Jack Kerouac

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Jack Kerouac

Message  oiseaulys le Ven 5 Aoû 2011 - 16:15

Très intéressant article de Rue89 sur Jack Kerouac :


« Kerouac écrit sur une Amérique qui n'existe plus »Par Meghan ORourke | 07/09/2007 | 10H33



Cinquante ans après la publication de » Sur la route » , proches et universitaires évoquent le mythe de l'écrivain Jack Kerouac.

Le 5 septembre 2007 a marqué le cinquantième anniversaire de la publication de » Sur la route » , roman de Jack Kerouac emblématique de la génération d'après-guerre. Avec ses portraits vigoureux d'une jeunesse vibrante mais aussi perdue en pleine guerre froide, il a été précurseur du mouvement Beatnik et de bien des changements culturels radicaux qu'ont connu les Etats-Unis dans les années 60. Sans surprise, le mythe qui entoure Kerouac et ce roman est aussi obscur que fascinant. A l'occasion de l'anniversaire de » Sur la route » , Slate s'est entretenu avec une poignée de gens qui ont bien connu Kerouac à l'époque de l'écriture du roman et juste après sa publication, et aussi avec des spécialistes de premier plan de cette période.

Joyce Johnson, auteur de Personnages secondaires, et petite amie de Kerouac à partir de 1957-1958.

Avant toute chose, » Sur la route » est un classique de la littérature américaine. C'est un livre merveilleux. Le talent et le ton si particulier de Jack ne peuvent qu'avoir du succès. Et ils restent si présents aujourd'hui. C'est ce qui était irrésistible à l'époque : dans les années 50, les gens contenaient tous leurs sentiments, et la culture n'était qu'une source d'intenses frustrations. Quand Jack a publié » Sur la route » , tout comme quand Allen Ginsberg a publié » Howl et Kaddish » , ce fut comme si quelqu'un avait retiré une soupape. Le public avait attendu longtemps que quelqu'un écrive toutes ces choses. Je pense que c'est pourquoi le succès a pris si rapidement.

Quand j'ai rencontré Jack, j'avais 21 ans. J'avais rencontré Allen Ginsberg via mon réseau de l'université de Columbia, quand j'étais étudiante au Barnard College. Il connaissait mon amie Elise Cowen. Allen revenait juste de San Francisco ; c'était l'automne 56, et avec son amant Peter Orlovsky, ils habitaient chez Elise ; Jack lui aussi rentrait de San Francisco. En janvier, Allen s'est mis en tête d'organiser un rendez-vous entre Jack et moi -pas pour la bagatelle mais parce que j'étais un oiseau rare : j'habitais seule dans mon appartement.

Un soir, alors que j'étais chez Elise, le téléphone a sonné. C'était Jack qui appelait de la 18e Rue. Il disait qu'il était dans un restau de la chaîne Howard Johnson's et me demandait si je voulais le rejoindre. Je le reconnaîtrais à sa chemise à carreaux rouge et noire. J'étais enchantée parce que je venais de lire » Avant la route » , alors que j'avais du mal à partir de chez moi -et c'était justement le thème du livre.

Tout de suite, j'ai compris qu'il était d'une trempe spéciale. Il ne ressemblait à personne à New York. Il avait un teint un peu rouge et une chevelure noire de jais. On aurait dit un homme des bois. Je l'ai trouvé étonnamment timide au début mais au fur et à mesure de la conversation, quand il a découvert que j'étais moi aussi écrivain, il a commencé à parler. Je lui ai dit que j'aimais Henry James et il n'était pas du tout d'accord avec moi.

Comme souvent, Jack était complètement fauché le soir où je l'ai rencontré. Il lui restait exactement cinq dollars. Il m'a expliqué qu'il avait entendu dire que j'avais un appartement près de l'université, a ajouté » j'adore le quartier » , et m'a demandé si on pouvait monter le voir. Je lui ai répondu » si tu veux » et je me rappelle qu'on a marché jusqu'au métro, où il y avait une nouvelle pub de la TWA qui disait » Volez maintenant et payez plus tard » . Alors Jack a désigné l'affiche du doigt et m'a dit que ce serait un bon titre pour mon roman.

Sterling Lord, agent de Jack Kerouac et PDG de l'agence littéraire Sterling Lord Literistic Inc.

J'avais seulement deux ans de plus que Jack. On s'est rencontré en 1951. Nous venions de milieux très différents, mais avant même que je ne lui décroche le moindre contrat, j'ai compris que cela marcherait bien entre nous. Nous avions beaucoup de respect l'un pour l'autre. On ne passait pas tant de temps que cela ensemble, mais c'était toujours intéressant d'être avec lui. C'était un homme sensible, qui prenait l'écriture au sérieux -il s'y adonnait depuis l'âge de 11 ans- même s'il savait faire montre aussi d'un délicieux et subtil sens de l'humour.

Il aimait beaucoup évoquer les écrivains célèbres du siècle précédent. Quand il en avait l'occasion, il discutait avec ma femme Cindy, diplômée de Radcliffe et très cultivée, qui partageait son intérêt pour la plupart des grands maîtres de la littérature.

Jack peignait aussi et pas mal du tout. Il a réalisé un portrait fort et marquant du Cardinal Montini (le futur pape Paul VI, ndlr), que j'ai adoré quand je l'ai vu chez lui. Immédiatement, il nous l'a prêté pour une durée indéterminée. Le cadre ne faisait pas loin d'un mètre de haut et nous l'avons accroché au milieu du salon. Le cardinal n'avait pas posé pour lui. Jack s'était inspiré d'une photo publiée dans le magazine Life.

Jack avait beaucoup de facettes différentes. Après que Gallimard, la célèbre maison d'édition française, a acheté les droits de » Sur la route » , Claude Gallimard, le patron, s'est rendu à New York et a invité Jack et sa mère à déjeuner. Jack parlait son français du Canada évidemment et il a passé le plus clair de la soirée à expliquer à l'illustre éditeur que c'était lui qui ne s'exprimait pas correctement. J'ai toujours regretté de ne pas avoir été là.

Carolyn Cassady, artiste, auteur de » Sur ma route » , ex-femme de Neal Cassady (compagnon de route de Kerouac, NdT), et à l'origine du personnage de Camille dans » Sur la route » .

Jack était beau. Un portraitiste -enfin, moi du moins- remarque toujours ce genre de choses. Dans » Sur la route » , il écrit que Bill Tomson m'a ramassée dans un bar et m'a amenée à l'hôtel, mais ce n'est pas vrai. Je ne vais jamais dans les bars toute seule. C'est lui que Neal a conduit à l'hôtel où j'habitais, pour qu'on se rencontre. Ensuite, bien sûr, il y a eu une certaine attirance entre nous, mais comme il le disait, » Neal t'a vue en premier » . Il a fallu un bon moment avant qu'il ne se passe quelque chose entre nous. On croyait tous les deux à la monogamie -enfin, à l'époque.

Pendant des années, j'ai refusé de lire » Sur la route » parce que je ne voulais pas savoir ce qui s'était passé pendant ce fameux voyage. Et quand je l'ai enfin lu, j'ai trouvé que Jack avait une façon tout à fait particulière de célébrer toutes les formes de vie. Ces rivières, ces montagnes, les noms indiens, les routards… il ne jugeait rien ni personne et s'émerveillait simplement de tout ce qui était vivant. Cette glorification de la nature - ça m'a paru vraiment unique.

Notre génération réagissait aux horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. Ce que Neal et lui essayaient vraiment de faire, à travers leurs lectures et leur mode de vie, c'était de comprendre. Que faisons-nous tous, ici-bas ? A quoi sert la vie ? Ils cherchaient à comprendre » ça » . Et il y avait un paquet de gens que ça préoccupait aussi. Leur grande quête, c'est celle qu'on a tous, au fond. Puis les hippies sont arrivés. Ils pensaient que Jack leur avait donné la liberté de transformer le monde en chaos. Ils s'imaginaient qu'il leur donnait » carte blanche » (en français dans le texte, NdT) pour être égoïstes. C'est pour cela que Jack a voulu se noyer dans l'alcool.

Apparemment, personne ne se rend compte à quel point nous étions des gens conventionnels -tous, on avait grandi dans des maisons victoriennes. Jack était fils d'immigrés (de la vieille Europe, NdT). Neal et lui étaient de parfaits gentlemen. Ils respectaient les femmes. Ils étaient empreints de valeurs surannées.

On se méprend souvent sur le compte de Jack. Les gens s'imaginaient que c'était un poète sérieux. C'est en effet l'impression qu'il donne sur certaines photos. Mais en réalité, c'était à la fois une bombe sensuelle, un champion de football et un abruti. Il passait son temps à faire des grimaces et des voix débiles. Il lui arrivait d'être parano, mais dans l'ensemble, c'était plutôt un type espiègle. Je ne l'ai jamais vu avec un air vraiment sérieux, même s'il touchait souvent le fond. Il était terriblement complexé et timide.

Naturellement, c'est une des choses qu'il admirait chez Neal -Neal n'était que grâce et agilité. Les contraires s'attirent. Jack était le spectateur, Neal l'acteur. Evidemment, tout sort avec violence sous sa plume, parce que c'est ainsi qu'il le ressentait. Mais il n'aurait jamais pu se comporter de cette façon lui-même. Il était aussi plein de compassion et de gentillesse.

Lawrence Ferlinghetti, poète et co-fondateur de City Lights Books (célèbre librairie et maison d'édition de la culture beatnik de San Francisco, NdT).

En réalité je n'ai pas très bien connu Kerouac. J'ai passé deux jours avec lui à Big Sur (sur la côte californienne, NdT). Je lui avais prêté mon petit bungalow, pour l'aider à se libérer de l'alcool. Il a alors écrit le roman intitulé » Big Sur » . Mais à part ça, je n'ai jamais vraiment traîné avec lui, sauf à la librairie. Puis on a travaillé ensemble sur deux de ses ouvrages de poésie, et pour le » Livre des Rêves » . Mais tout ceci au moyen d'une correspondance minimale.

La route n'existe plus en Amérique. Reste l'énorme nostalgie de ce que c'était. C'est l'une des raisons pour lesquelles » Sur la route » est plus populaire que jamais. Kerouac écrit sur une Amérique qui n'existe plus et sur un esprit de l'Amérique qui n'existe plus.

Cet esprit de la route sans limite, qui faisait partie intégrante de la littérature américaine -on le retrouve chez Whitman, Jack London, Ginsberg, et d'autres. L'Amérique de » Sur la route » , est presque une Amérique d'avant-guerre. Elle ressemble à celle du livre de Thomas Wolfe, » L'Ange exilé » . C'est avec ce livre qu'on s'est vraiment compris, Kerouac et moi. Le héros s'appelle Eugene Gant. Il y a des passages merveilleux où il est décrit traversant l'Amérique, sur fond de crépuscule, et regardant cette Amérique à travers la fenêtre d'un train.

C'est plus ou moins la vision que Kerouac en avait, sauf que lui, c'était vu d'une voiture lancée à pleine vitesse. Quand Kerouac est mort, tout ce qui restait de cette époque c'était quelques vieilles gares routières poussiéreuses pour Greyhound (mythique ligne d'autocar reliant diverses villes des Etats Unis, NdT), dans des bleds paumés.

Bien sûr, » Sur la route » a d'autres immenses qualités. Le sens du récit de Jack est merveilleux -ce qu'il perdra plus tard, avec » Big Sur » . Il perdra toute sa joie de vivre (en français dans le texte, NdT), sa gaîté, son côté effréné, son charme. Il ne restera rien. Quand il a écrit » Big Sur » il était vieux, et fatigué.

Charlie Peters, ex-rédacteur en chef et fondateur de la revue Washington Monthly

C'est Allen Ginsberg qui m'a présenté à Jack Kerouac. Et c'est par les yeux d'Allen que j'ai vu Jack. Allen était non seulement un excellent poète et un bon ami mais aussi un maître dans l'art des relations publiques. C'est lui, plus que quiconque, qui a rendu les beatniks célèbres, avec des descriptions extraordinaires de ses compères au sein du mouvement.

Quand j'ai vu Herbert Huncke pour la première fois par exemple, c'était juste une petite frappe. Mais Allen l'a doté de qualités irrésistibles pour le monde littéraire, ce qui a permis à Herbert de déployer un talent qui lui vaudra plus tard une belle nécro sur trois colonnes dans le New York Times.

Allen m'a dit que Jack était une version moderne de Huckleberry Finn, un prototype d'homme sans artifice, sans inhibitions. Et bien sûr, à l'époque pour Allen, » sans inhibitions » , ça voulait dire bisexuel.

Un jour que je participais à une soirée chez Jack, celui-ci m'a emmené dans sa chambre, en me disant qu'il avait des photos à me faire voir. Elles montraient de jeunes garçons arabes dans différents états d'abandon sexuel et avaient sans doute pour but de m'émoustiller. Ca ne m'excitait nullement mais je ne voulais pas vexer Jack. Non seulement je l'appréciais vraiment pour ce qu'il était, mais je venais juste de lire » Avant la route » et je respectais sa vocation d'écrivain. Alors j'ai tenté de changer de sujet et j'ai demandé comment s'appelait la jolie fille que j'avais remarquée dans le séjour. Loin de montrer une quelconque irritation, Jack a souri et a dit : » Elle vient de Mount Airy, en Caroline du Nord et travaille pour United Press. Je vais te présenter » .

Bref, Jack était tout simplement adorable -le genre de type sympa que vous voulez avoir comme ami. Je n'ai su que plus tard les tourments qui rodaient sous la surface, mais je ne les ai jamais repérés sur le moment. Un jour, il a dit quelque chose qui est resté gravé dans mon esprit et qui a eu une grande influence sur ma vie. C'était » vis avec le minimum » . Je ne connais pas de meilleur conseil pour vivre la vie que l'on veut, plutôt que celle que nous dictent les circonstances.

Lawrence Ferlinghetti.

L'autre lien qui m'unissait à Kerouac est que tous deux parlions français avec nos mères. Sa mère était franco-canadienne. Et pour ma part j'avais vécu en France et parlé le français avant l'anglais. C'était avant qu'il ne termine l'écriture de » Big Sur » . On était assis sur la plage à Big Sur, et il avait, comme toujours, un petit carnet à spirale dans sa poche poitrine. Il m'a dit : » Que dit la mer ? » . Alors j'ai dit : » Les poissons de la mer parlent breton. » (en français dans le texte, NdT) » Quoi ? » a-t-il dit. » Les poissons de la mer parlent breton » , ai-je traduit. Et c'est devenu le dernier poème du recueil.

» Sur la route » n'est pas un roman conventionnel. C'est pourquoi il est si difficile d'en tirer un film. Coppola a embauché quatre scénaristes différents qui se sont tous fait virer parce qu'ils voulaient placer une intrigue dans l'histoire. Il n'y a pas d'intrigue. C'est un roman de la route, une aventure picaresque à la Don Quichotte. Jack s'est vraiment lâché. Plus jamais il n'écrira comme cela par la suite. Mais c'était un bon écrivain. Il savait mettre en avant sa personnalité sans se dévoiler trop.

Dans » Les Clochards Célestes » , il y a un passage dans lequel il décrit une fête à Mill Valley, en Californie, avec un luxe de détails et où il dépeint un personnage satirique inspiré de Kenneth Rexroth, surnommé » Cacahuète » , en français, dans le livre. Kerouac a participé à cette fête, mais il était allongé par terre et tout le monde a cru qu'il s'était évanoui. Plus tard, il a raconté dans le livre toutes les conversations qu'il avait entendues.
Carolyn Cassady

La plupart des gens ne se rendent pas compte de tout ce qui est inventé dans » Sur la route » . Je viens de finir de lire le manuscrit original. Bigre, Neal [Cassady, qui a servi à créer le personnage de Dean Moriarty] y apparaît comme un fou furieux plus ou moins indomptable.

Mais Dean Moriarty est très différent du vrai Neal Cassady. C'est juste un aspect de lui. Le plus remarquable chez Neal c'était sa mémoire photographique et son savoir. Il avait lu plus que Kerouac et Allen Ginsberg et il se souvenait d'absolument tout. On dit souvent que Jack avait une mémoire formidable, mais en réalité, il devait prendre des notes. Personne ne s'intéresse à l'intelligence de Neal. On préfère parler de sa sexualité ou et de ses excès. C'est pour cela que j'ai essayé dans mon livre [ » Sur ma route » ] de montrer sa soif d'apprendre.

Paul Marion, auteur du recueil de poèmes » What Is the City ? » Et de l'anthologie intitulée » Atop an Underwood : Early Stories and Other Writings by Jack Kerouac » .

Je n'avais jamais entendu parler de Jack Kerouac jusqu'à l'annonce de son décès en une du Lowell Sun en octobre 1969. J'étais alors en seconde et j'ai rapidement découvert que ma mère avait grandi près de la famille Kerouac et que mon père était allé à la même école catholique que lui. On venait de la même communauté franco-canado-américaine, de la paroisse Saint-Louis des Français. Il me rappelait mon oncle Pinky, le frère de ma mère, qui s'était enfui de la vieille ville ouvrière pour travailler dans un hippodrome de Californie.

La route de Kerouac commence à Lowell, dans le Massachussetts. Comme l'eau des chutes de Pawtuckets sur la rivière Merrimack, qui alimentait les turbines des usines au XIXe siècle, la culture multi-ethnique typiquement américaine de la ville faisait fonctionner l'imagination de Kerouac. A l'âge de 18 ans, il écrivait : » On se rend compte qu'un homme peut monter dans un train et n'arriver jamais à destination. Qu'un homme n'a rien qui l'attend au bout de la route, que la route a tout juste un point de départ -la maison » . Il a fait de Lowell une capitale littéraire de renommée internationale. Dites » Lowell » à Chicago, à Moscou ou à Rome, et ne vous étonnez pas si on vous répond » Kerouac » .

A Lowell, Kerouac a subi des influences qui ont façonné sa vie et son œuvre : les histoires de famille, les discussions polyglottes entre voisins, les films, les BD, le théâtre populaire, le sport, les feuilletons radiophoniques, les grandes œuvres empruntées à la bibliothèque municipale, les journaux et même l'encre d'imprimerie. De son imprimeur de père, il disait : » J'ai passé le plus clair de mon temps libre après l'école dans l'imprimerie et la salle de rédaction de mon père, produisant des publications de mon cru sur la vieille machine à écrire… » Son grand projet d'écriture était de raconter son histoire et celle de sa génération, de dire à quoi cela ressemblait d'exister en Amérique au milieu du XXème siècle.
Carolyn Cassady.

Ce qui m'écœure c'est que tout le monde en réclame un bout. On publie le moindre gribouillage de Kerouac comme si c'était du grand art, on publie ses poèmes comme si c'était de la grande poésie. Ca ne valait pas un clou mais on s'en sert juste pour faire de l'argent avec. Même moi ! J'ai écrit un livre de souvenirs. Mais bon, j'ai connu tout ceci il y a longtemps et je crois que les gens doivent savoir. Pauvre Jack.

Il a dit, à moi et à d'autres, qu'il avait l'intention de mourir en se noyant dans l'alcool. Sur la fin il était si grossier, ordurier et vulgaire -on ne pouvait que regretter le Jack d'autrefois. Le Jack qu'il aurait pu être. Ces deux hommes, Neal et Jack, auraient pu être tellement plus grands. Et je ne me retrouverais pas comme ça toute seule !
Joyce Johnson

Jack a dit un jour quelque chose de terrible sur lui-même : qu'il avait besoin de sentir l'extase à tout moment, que rien d'autre ne comptait pour lui. Et il y parvenait avec la drogue, le sexe ou l'écriture. Mais bien sûr, personne ne peut vivre comme ça tout le temps. Entre deux périodes d'extase, il y avait des gouffres de désespoir. J'ai l'impression, pour avoir lu très attentivement ses lettres, qu'après cet exploit que fut l'écriture vertigineuse de » Sur la route » en à peine trois semaines, il s'est vraiment épuisé durant les six années suivantes à sortir des livres écrits sur des périodes très courtes et intenses. Et entre chaque livre, il s'effondrait. A l'époque où je l'ai rencontré, il était devenu très fragile.

Ses sentiments au sujet de » Sur la route » étaient mitigés. Forcément. Il a senti que le manuscrit d'origine avait été trahi par le polissage et la mise en forme finale. Viking (la maison d'édition de Kerouac, NdT) redoutait par dessus tout la diffamation et l'obscénité. Ce n'était pas une période propice pour publier un livre comme » Sur la route » . Ils ont vraiment retravaillé le manuscrit et aussi le ton employé par Jack -notamment cette éditrice du nom d'Helen Taylor. Et quand ils ont finalement envoyé à Jack un exemplaire relié, il n'avait pas eu l'occasion de voir la plupart des changements effectués. C'était une négation de ses droits fondamentaux d'écrivain.

Viking ne l'a pas traité avec respect. Mais leurs chemins allaient bientôt se séparer. En fait ils ont rejeté trois autres manuscrits écrits dans l'intervalle, des livres dont il estimait qu'ils étaient plus importants encore que » Sur la route » . C'est scandaleux que certains de ses autres livres soient si méconnus. Le meilleur de ces livres de la fin est » Big Sur » .

Parce qu'il s'était fait un réputation d'auteur » spontané » , on ne le prenait pas au sérieux comme écrivain accompli. Pourtant il y avait une esthétique rigoureuse dans ce qu'il faisait. » Visions de Cody » est un livre plus difficile sur la forme. Mais merveilleux. Son écriture est empreinte d'une incroyable musicalité, d'un vrai sens de la sonorité. Son approche de l'écriture est vraiment celle d'un poète -le son, le rythme, la mesure, tout cela était terriblement important pour lui. J'espère que les gens pourront dépasser la sempiternelle vision du mode de vie beatnik, et commenceront à se rendre compte à quel point Jack était un artiste conscient de ce qu'il faisait, et qui travaillait dur.
Sterling Lord

La publication de » Sur la route » a changé Jack en surface. A partir de ce jour, il a dû affronter de nouveaux démons -la réaction du public, la célébrité, la notoriété. Mais dans ses quelques rares moments de quiétude, on pouvait, encore, entrevoir le vrai Jack Kerouac.

Traduction : Catherine Segal



Source : http://www.rue89.com/2007/09/07/kerouac-ecrit-sur-une-amerique-qui-nexiste-plus?page=0#comment-74048
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Re: Jack Kerouac

Message  hipnik le Ven 5 Aoû 2011 - 19:06

Tu m'as coupé l'herbe sous le pied, tu m'as devancé ! Mais comment tu peux poster des liens toi ?
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Re: Jack Kerouac

Message  hipnik le Ven 5 Aoû 2011 - 19:22

En cherchant mon avatar, je suis tombé là dessus :


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Re: Jack Kerouac

Message  Mr_Nostalgia le Ven 5 Aoû 2011 - 20:04

hipnik a écrit:Tu m'as coupé l'herbe sous le pied, tu m'as devancé ! Mais comment tu peux poster des liens toi ?

Te plains pas, apparemment tu peux poster aussi ! Moi toujours pas !
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Re: Jack Kerouac

Message  oiseaulys le Sam 6 Aoû 2011 - 22:52

J'aime beaucoup ce bel article de Meghan O'Rourke, avec les témoignages émouvants, je vais tenter d'expliquer pourquoi. Il faut dire auparavant que j'ai aimé Kerouac dès l'adolescence et peut-être pas pour les mêmes raisons que tout le monde, moins le chantre de la jeunesse révoltée je voyais plutôt en lui un être profondément religieux (catholique même), fier et solitaire, à la Hamsun... Parce que j'ai toujours aimé moi aussi l'errance et la solitude. J'avais aussi noté que Sur La Route fut publié l'année de ma naissance et j'y voyais bien évidemment un signe... Lorsqu'à la bibliothèque municipale, je consultais les encyclopédies et les dictionnaires des auteurs, ceux-ci disaient, parlant de Kerouac, que son importance était largement surestimée et surfaite, due à un phénomène de mode (nous étions vers 1975, six ans après sa mort). Je suis donc content de voir qu'aujourd'hui on lui rende hommage de toute part, qu'on lui rende enfin hommage, non plus au beatnik, au pape des beatniks, mais à l'écrivain, à son génie littéraire, à l'inventeur d'un nouveau langage au même titre que Rabelais ou Céline qu'il admirait. Il rentrera un jour à La Pléiade.
Le pape des beatniks ! On a voulu faire de lui l'icône de toute une jeunesse, sans voir ni même s'en préoccuper qu'il était un authentique écrivain en train de construire une oeuvre littéraire. Etre un écrivain, cela l'animait certainement plus que d'être un beatnik fut-il le premier... Il assuma très mal ce rôle qu'on lui fit jouer. Ce fut le grand malentendu. Le premier parmi d'autres...
Après la publication de Sur La Route, une foule de jeunes gens se "firent beatniks" et se lancèrent sur les routes, en Amérique, en Europe, en Asie... Ils ne savaient pas que dans son livre Kerouac racontait des évènements qui s'étaient déroulés dix-douze ans auparavant. Car Kerouac est un écrivain de la nostalgie. Deuxième malentendu. Son regard était tourné vers un improbable âge d'or, celui de ses parents, un temps "heureux" qu'il évoque parfois dans ses livres avec beaucoup de tendresse, le temps d'une Amérique encore à échelle humaine, celle des petits, des exclus, des voisins qui se prêtent un bout de pain ou un peu de sel, une Amérique où on allait encore à pied, celle du "hobo" solitaire (préfiguration du beatnik ?), du cinéma qui ne hurlait pas, des joies simples, du nègre qui chante au bord de la route, des dimanches après-midi devant le Saint-Sacrement à la chapelle.
Alors les hippies, n'en parlons pas : il ne les supportait tout simplement pas !
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Re: Jack Kerouac

Message  neo-codion le Dim 7 Aoû 2011 - 7:45

En fait il n'aspirait qu'à vivre auprès de Mémère
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Re: Jack Kerouac

Message  Dr_Natural le Dim 7 Aoû 2011 - 12:31

Oiseaulys, Kerouac fervent catho, tu y vas un peu fort quand même !
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Re: Jack Kerouac

Message  oiseaulys le Lun 8 Aoû 2011 - 14:34

oh, je sais : j'y vais toujours très fort !
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Re: Jack Kerouac

Message  Muddy_le_hobo le Lun 8 Aoû 2011 - 16:55

Dr_Natural a écrit:Oiseaulys, Kerouac fervent catho, tu y vas un peu fort quand même !

Pourtant, il suffit de lire "Visions de Gérard" :

Roman écrit en janvier 1956 et publié en 1963. Si le projet de Kerouac de réunir toute son oeuvre dans une vaste épopée "La légende des Duluoz" avait été concrétisé, celui-ci en aurait été le début, car il concerne les années 1922/26, de la naissance de Jack à la mort de son frère Gérard.
Le quotidien d'une famille de canadiens français de l'autre côté de la frontière.
Cette vie est racontée par un enfant qui vient de naître et qui suit et accompagne sans trop comprendre l'agonie de son frère.
Gérard est malade et sa mort est programmée ; sa bonté et son dévouement n'y feront rien.
La puissance de la religion catholique dans les familles des canadiens français, même vivant aux Etats-Unis est inconcevable de nos jours. Tout cela donne un contexte où la mort de Gérard est une chose normale, même un don du ciel! Cette phrase résume cet état de fait :
"Le péché est si profondément enraciné en nous que nous en inventons là où il n'y en a pas et nous les ignorons là où ils sont".
Le quotidien, le père dont la situation professionnelle se dégrade, la mère Gabrielle fait ce qu'elle peut ; les anecdotes : Gérard sauvant une souris prise au piège, les soûleries des hommes, l'hiver et le charbon qui parfois manque. Rien de bien remarquable, à part cet enfant, ange déchu, dont le passage sur terre, qui laissera une marque indélébile dans la conscience de Kerouac.
Avec le recul des années, j'ai en effet lu ce livre il y a très longtemps. La question qui se pose est la suivante ; moralement Kerouac était-il armé pour sa vie? Son existence d'homme avec ses pulsions sexuelles, ses vices et son alcoolisme! Ne portait-il pas en lui cet esprit de faute perpétuelle qui l'a rongé toute son existence. L'emprise de sa mère et ses contradictions personnelles le pousseront dans ce long suicide alcoolique.
Cette carrière d'artiste qu'il désirait tant lui fut en fin de compte fatale.
Le microcosme familial est bien rendu par la narration de Ti Jean, la bouillie d'avoine
qui cuit, Gérard alité, le père sortant avec ses amis, l'amour de Gabrielle pour Gérard qui semble excessif à Jack. La soeur Nin et les chats toujours présents complètent la tribu Kerouac.
L'originalité de cette oeuvre est que le narrateur a quatre ans et il assiste à la courte vie de son frère qu'il adore. L'écriture est donc très infantile, et les faits relatés peuvent prêter à sourire tant ils sont ordinaires. Mais Kerouac met un tel amour, presque poussé jusqu'au mysticisme que l'on se laisse prendre à cette dévotion.
Même si parfois on est un peu irrité par cet enfant trop gentil et trop plein de bonté humaine.
Kerouac, profondément catholique, commence à être également influencé par le bouddhisme au moment de l'écriture de ce livre, ce qui donne ce côté "les choses sont ainsi faites car Dieu (ou un autre) l'a ainsi voulu".
Une phrase résume ce livre : "Soyez écoeurés si cela vous chante, ce livre sombre est prophétique". Ce roman a été publié en 1963, six ans après Jack Kerouac était mort, il avait 47 ans.

Extraits:
- Peut-être n'y a-t-il rien du tout, pressent-il avec sa pureté lucide.
- On n'a pas l'impression que Dieu a fait le monde pour les gens.
- Je veux écrire-Je suis un artiste.
- Pour la dernière fois il rentre de l'école.
- C'est parce que Dieu ne le veut pas.
- Ah oui, mais tu devrais être habituée maintenant -Ça finira par arriver.
- As tu peur mon chéri?
Non ma soeur-le prêtre m'a béni.
critique par Eireann Yvon


Voir aussi simplement ce qu'en dit Wikipedia, oui "fervent catholique" :
" Fervent catholique (il dessinait des pietà dans ses journaux et écrivait des psaumes)..."

Je me sens touché Oiseaulys par tout ce que tu dis sur "l'Amérique qui allait à pied" Merci

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Mea culpa mea maxima culpa

Message  Dr_Natural le Lun 8 Aoû 2011 - 20:09

Je ne connaissais vraiment pas Kerouac sous cet aspect et à vrai dire j'avoue que je me faisais une toute autre idée du personnage
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Kérouac parle en français

Message  hipnik le Mar 9 Aoû 2011 - 20:57

Une émouvante interview de Kérouac pour la télévision canadienne où il répond en français. Je pense que ça doit être vers 1965. Il est déjà ravagé, marqué. Quand on pense qu'il avait été si beau à 20 ans !

http://www.youtube.com/watch?v=-r2aOSoRsoE&playnext=1&list=PL1B7E5713AE81521F
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Re: Jack Kerouac

Message  hipnik le Mar 9 Aoû 2011 - 21:03

Une autre interview mais en italien. Nous sommes en 1966. Kérouac est complètement bourré. La journaliste italienne qui fait l'interview ne semble vraiment pas rassurée !
http://www.youtube.com/watch?v=kOMyzslIP-o
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Re: Jack Kerouac

Message  hipnik le Mar 9 Aoû 2011 - 21:12

Une vidéo en couleur de Kérouac où l'on aperçoit aussi William Burroughs. Ce jour là dans cette interview, il proclame sa foi catholique et sa haine pour le communisme et les hippies !
http://www.youtube.com/watch?v=CD4ofEoUpxE
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Re: Jack Kerouac

Message  Mr_Nostalgia le Mar 9 Aoû 2011 - 21:36

Beaux documents. Pauvre Jack.
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Re: Jack Kerouac

Message  hippium le Dim 9 Oct 2011 - 11:51

Par une nuit d'ivresse Jack Kerouac réalise en 1966, en Italie, avec le peintre Franco Angeli un tableau, une pieta, une Déposition de la Croix. C'est le seul et unique tableau signé par le "pape" de la beat generation. Cette oeuvre est actuellement exposée à Rome.
Je rappelle que Jack Kerouac, qui a été beaucoup lu par les hippies, fut longtemps considéré comme un écrivain mineur, le chantre un peu léger d'une jeunesse révoltée que lui-même abhorrait alors qu'il n'avait de cesse de vouloir construire avant toute chose une oeuvre littéraire. Aujourd'hui son génie éclate et est enfin reconnu, non plus comme l'écrivain des beatniks, mais comme un écrivain à part entière, c'est à dire un inventeur de la langue, comme Céline, lui qui a longtemps hésité entre l'anglais et le français, sa langue maternelle.
http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/06/27/par-une-nuit-d-ivresse-jack-kerouac-et-franco-angeli-ont-cree-une-pieta_1541495_3246.html



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The Sea is my Brother

Message  hipnik le Jeu 8 Déc 2011 - 19:18

Penguin Classics vient de publier aux Etats Unis le tout premier roman resté à ce jour inédit de Jack Kerouac, The Sea is my Brother (La Mer est mon Frère). A noté que ce premier roman écrit en 1942, en anglais, - alors que pour On the Road, on sait que Kerouac hésita entre l'anglais et le français, et qu'il en fit un premier jet en français, qu'en anglais la mer est du genre masculin (!) - de l'avis de Kerouac lui-même, est "nul". Il raconte l'amitié entre deux marins, l'un taciturne et l'autre extraverti (Sal Paradise/Dean Moriarty ?) qui passent leur temps à se bourrer la gueule ! Il faut dire que Kerouac avait été marin...huit jours !
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Jack Kerouac Street

Message  Jean-Luc le Dim 1 Jan 2012 - 16:27

Jack Kerouac Street à San Francisco, photo du photographe Japonais Daido Moriyama


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Re: Jack Kerouac

Message  hipnik le Dim 1 Jan 2012 - 21:27



Ces deux ouvrages, de Patricia Dagier et Hervé Quemener, généalogistes, évoquent les racines françaises et bretonnes de Jack Kerouac.
Son ancêtre, Urbain-François Le Bihan, fils de François-Joachim de Kervoac, notaire et "principal bourgeois" de la ville de Huelgoat, émigre en Nouvelle-France (Canada) un peu forcé (expédié par son père lassé de son comportement, suite à des larcins...) vers 1725 où il se marie. Son nom évoluera entre Carouch, Caroak, Karouak, Querouac, Kerouacq, Kyroique, Kerouac. Son acte de décès, en 1736, sera établi au nom de "Kerloaque - breton de nation"
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Re: Jack Kerouac

Message  Jean-Luc le Dim 22 Avr 2012 - 15:51



Jack Kerouac dessiné par Robert Crumb

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Re: Jack Kerouac

Message  Jean-Luc le Dim 22 Avr 2012 - 15:56

Un excellent livre sur Jack Kerouac réédité sous une nouvelle présentation la semaine prochaine :


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Qui c'est ?

Message  Hippy73 le Dim 6 Mai 2012 - 8:04

Qui c'est ?



Jan Kerouac, la fille de Jack, née en 1952
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Re: Jack Kerouac

Message  hipnik le Lun 7 Mai 2012 - 10:39

Un article sur Kerouac paru avant hier dans Le Figaro à l'occasion de la sortie du film Sur la route !



Jack Kerouac, hippie beatnik ou catho mystique ?
Par Paulin Césari (Le Figaro) 03/05/2012

Érigé en leader de la Beat Generation, l'écrivain de Sur la route, dont l'adaptation cinématographique sort ce mois-ci, était avant tout un homme en quête de Dieu.

«I am not a beatnik, I am a catholic» («je ne suis pas beatnik, je suis catholique»), écrivait Jack Kerouac dans la préface du Vagabond solitaire. Une assertion en apparence surprenante dans la bouche de celui qui fut, dès son vivant, consacré pape des marginalités, prince de la déviance, chantre de la contestation. Car il est de bon ton de considérer Jack Jean Louis Lebris de Kerouac, écrivain américain d'origine canadienne aux possibles ancêtres bretons, comme tout à la fois le père de la Beat Generation et le grand-père des hippies. Son ouvrage le plus connu, Sur la route, sorti en 1957, est supposé avoir été un évangile de la déréliction pour générations perdues enfantées par le consumérisme des Trente Glorieuses, cherchant leur salut dans l'auto-stop, la frénésie sexuelle, la Benzédrine ou le LSD.

Et pourtant. Ces souverains poncifs sont en fait très éloignés de la vie et de l'œuvre de cet homme qui écrivait en 1951: «L'Église est le dernier sanctuaire dans ce monde, le premier et le dernier. C'est l'édifice tangible du Seigneur, j'en ai fini avec le mépris de quoi que ce soit qui la concerne.»

En ce mois de mai, on reparle donc de Kerouac. Autant dire qu'on ressort les reliques du saint. Deux inédits de l'auteur paraissent chez Gallimard. Un roman, Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines (écrit avec William Burroughs), ainsi qu'une pièce de théâtre, Beat Generation. Le 16 mai, le Musée des lettres et manuscrits exposera une version de Sur la route, tapée en 1951 sur un rouleau de papier télétype de 36 mètres par un Kerouac saturé de caféine et de bop. Le 23, l'adaptation au cinéma de son roman culte par le metteur en scène brésilien Walter Salles (une réussite) sortira en salle en même temps qu'elle sera présentée en compétition au Festival de Cannes, où elle pourrait bien décrocher une récompense.

On le sacra «icône des routiers sympas»

Il est à craindre qu'à cette occasion messes et commémorations ne célèbrent à nouveau le mythe d'un Kerouac grand prêtre de toutes les contre-cultures transgressives et autres révolutions florales. Ces malentendus, contresens et mésinterprétations à son sujet ne datent pas d'aujourd'hui. Ils furent, il y a déjà un demi-siècle, créés par une presse avide de spectacle («le mouvement beat (…) n'existe pas, ça n'est qu'une hallucination psychédélique des médias», dira Ginsberg, interrogé en 1994 par Jean-François Duval), propagés par des éditeurs pressentant le juteux marché, entretenus par certains de ses compagnons de route et épigones, avalisés par des troupeaux de fidèles souhaitant légitimer leur jouissance désentravée. Elles ont contribué à transformer cet écrivain qui se définissait d'abord comme «mystique catholique, étrange, solitaire et fou» en icône des routiers sympas, gourou contestataire, chantre du communautarisme ravi, de l'hédonisme libertarien, de la sexualité sauvage, de l'éternel juvénile, de la docte ignorance, de la spontanéité créatrice et autres sornettes devenues mantras d'une vulgate illettrée.

Pourtant, Kerouac a toujours annoncé la couleur. Commentant Sur la route, il écrira: «Le livre a acquis la réputation d'être une sorte de truc anarchiste (…), ce qu'il n'était pas comme vous le savez. C'était vraiment l'histoire de deux potes catholiques, parcourant le pays à la recherche de Dieu.» Que cette quête mystique n'ait pas été celle de la middle class lectrice du Reader's Digest, que vomissait Kerouac, c'est évident. Qu'elle ait impliqué pour les deux héros de Sur la route, ainsi que pour leur auteur une rupture transgressive avec le monde et ses idoles, sociales ou politiques, personne n'en disconvient. Qu'elle fût propice à l'errance, aux divagations, excès et péchés en tous genres, c'est évident. Mais jamais Kerouac n'a confondu les moyens et la fin. Seul le but de la quête les justifiait et, contrairement à ses épigones et compagnons de route qu'il accusera de trahison («Ginsberg, ce faux prophète»), jamais il ne s'avisa de remplacer la révélation par la révolution. Ni ne confondit la béatitude avec ses artefacts mondains que sont l'amour et la paix, le sexe et la drogue. Ni ne substitua aux saints de l'Évangile «les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse moderne, c'est-à-dire Pavlov, Freud, Marx et Ignorance».

Il tenta de se débarrasser de cette image

L'œuvre de Kerouac est tout sauf un appel aux noces telluriques et communautaires de bipèdes acéphales aux sens déréglés, chevelus et fleuris, vautrés dans les boues de Woodstock ou de l'île de Wight. L'auteur n'éprouva jamais aucune sympathie pour ces contre-sens calamiteux et leurs conséquences: ce «psychédélisme multimédia du grand bal de la commune naturiste avec happening d'attardés à l'intérieur d'énormes ballons de plastique, histoire de mieux trimbaler les tarés branche-culs, une fois consommés, vers les camps». Jusqu'à sa mort, il tenta -en vain- de se débarrasser de cette désastreuse image qui a contribué à occulter l'intérêt et la vérité de son œuvre, qu'il plaçait au-dessus de tout.

Car la littérature fut, on a trop tendance à l'oublier, l'autre dieu de Kerouac. Pas n'importe laquelle. La grande: «Je suis un artiste, un conteur, un écrivain dans la grande tradition française, et non le porte-parole d'un million de voyous.» Écrivain, Kerouac le fut et ne fut que cela: «Je ne fais qu'écrire, je ne suis pas engagé, je ne porte pas de pancartes.» Ses lectures sont édifiantes: Rabelais, Villon, Proust, Céline, mais aussi Shakespeare, Joyce, Ezra Pound, maître Eckhart et Dostoïevski. Pour ce fin lettré, la littérature était d'abord exigence radicale, labeur et souffrance. D'où son profond mépris pour «la génération Pepsi d'illettrés tordus, d'étudiants abrutis réduits au troupeau…»

Une prose spontanée mais pas naturelle

Si, pour lui, l'écriture était un sacerdoce, c'est qu'elle était sacrée. Dans une lettre datée de 1957, assimilant peinture et écriture, il dit: «Je peindrai donc ce que je vois, couleur et trait, exactement, VITE… La peinture étant le sang du Christ.» Par cette métaphore saisissante, Kerouac définissait son objectif: joindre d'un même geste Dieu, le roman, la vie. Son œuvre entière fut une gigantesque anamnèse dans laquelle il tenta de mettre en forme la matière romanesque qu'aura été son expérience intensément vécue de la quête mystique. Pour l'écrivain, une telle matière supposait une écriture nouvelle. Cette forme neuve qu'il travailla toute sa vie et qu'il baptisa «prose spontanée» fit, hélas, là encore, la fortune des ravis de la crèche. Car la spontanéité dont il est question ici n'a rien à voir avec le naturel. Elle suppose un travail titanesque en amont.

Contrairement à la légende, l'écriture de Sur la route dura sept ans et non pas trois semaines. Et, si l'analogie avec le jazz, maintes fois soulignée, est pertinente (le flux vivant de l'écriture de Kerouac évoquant un interminable solo), c'est à condition de rappeler que l'écrivain vénérait Lester Young, un des rares jazzmen qui, à son époque, possédait l'harmonie ; condition sine qua non de ses légendaires, aériennes et toujours inédites inspirations solitaires. Et quasi divines, ainsi que Kerouac le suggérait à Malcolm Cowley en 1957, citant saint Marc: «Ne vous préoccupez pas de ce que vous direz, mais dites ce qui vous sera donné sur le moment, car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit-Saint.»

«J'écris parce que nous allons tous mourir»

Cette inspiration n'est certes pas exactement donnée à tous. Voilà pourquoi il convient d'entendre convenablement cette fameuse citation, dont les mauvaises interprétations ont fait la bonne fortune de pathétiques rebelles à l'eau de rose (de L'Équipée sauvage à Easy Rider via La Fureur de vivre) et la mauvaise de Kerouac: «Les seuls gens qui m'intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois.» Éloge de l'excès, plus proche d'un saint Paul célébrant la possession divine que des hymnes aux jouissances inverties, naturalistes et profanes d'un Ginsberg ou d'un Burroughs!

L'écriture, Dieu, la vie: on comprend mieux à l'aune de cette trinité la sentence lapidaire de Kerouac: «J'écris parce que nous allons tous mourir», écho du célèbre «La vérité de ce monde, c'est la mort», de Céline. L'ambition démesurée de l'auteur apparaît alors: réaliser une œuvre qui serait le livre unique d'une vie unique enfin unifiée par l'écriture éprouvant la mort. Aspiration digne d'un Joyce ou d'un Proust auquel d'ailleurs Kerouac se référait explicitement: «La Légende de Duluoz compte à présent sept volumes, quand je l'aurai terminée dans environ dix-quinze ans, elle couvrira toutes les années de ma vie, comme Proust, mais au pas de course, un Proust qui court, je vois à présent la cathédrale de la forme que cela représente…»

Divagations d'un mystique? Extravagance évangélico-littéraire? Hubris d'un désaxé? Louable ambition non réalisée (et l'on sait que l'enfer littéraire en est pavé)? Chacun jugera. Mais quoi qu'il en soit de l'échec ou de la réussite de cette vie et de cette oeuvre, elles n'ont, en tout cas, rien à voir, ni de près ni de loin, avec la «coolitude» branchée et gentiment transgressive que nos rebellocrates consuméristes ne manqueront pas de nous vendre lors de la mise à l'honneur de l'écrivain en ce mois de Marie.

À voir:

• Sur la route, de Walter Salles, avec Kristen Stewart, Sam Riley, Garrett Hedlund, en salles le 23 mai.
• Sur la route de Jack Kerouac. L'épopée, de l'écrit à l'écran, exposition au musée des Lettres et Manuscrits, du 16 mai au 19 août, 222, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris.

À lire:

• Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines, roman de Jack Kerouac et William S. Burroughs (Gallimard, 208 p., 17,90 €, traduit de l'américain par Josée Kamoun).
• Beat Generation, pièce de théâtre de Jack Kerouac (Gallimard, 13,90 €, traduit de l'américain par Josée Kamoun).
• Kerouac et la Beat Generation, enquête de Jean-François Duval. PUF, 293 p., 23 €.
• Sur la route d'après Jack Kerouac, hors-série du magazine Trois couleurs, publié par MK2, distributeur de Sur la route au cinéma (en kiosques, 196 p., 9,90 €).

LIRE AUSSI:

» Kristen Stewart sur la route de Jack Kerouac: premier trailer

» Kerouac toujours sur la route
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Re: Jack Kerouac

Message  hipnik le Lun 7 Mai 2012 - 11:02

Hippy73 a écrit:Qui c'est ?



Jan Kerouac, la fille de Jack, née en 1952

Janet (Jan) Michelle Kerouac est la fille unique de Jack Kerouac et de sa seconde femme Joan Harverty. Elle est née en 1952. Sa mère a été chassée par Kerouac parce qu'elle était enceinte et avait refusée de se faire avorter, Kerouac ne voulant pas d'enfant. Kerouac ne s'en est jamais occupé, allant même faire en sorte qu'elle ne puisse jamais hériter. Jan devint malgré tout écrivain et publia deux ouvrages, Baby Driver (1981, paru en français sous le titre "Girl Driver" chez Denoël !) et Trainsongs (1988)
Elle est morte en 1996 à 44 ans.
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Re: Jack Kerouac

Message  hipnik le Lun 7 Mai 2012 - 11:05

"On ne peut rien exprimer de très clair en anglais"
Jack Kerouac, qui a longuement hésité entre le français et l'anglais comme langue d'écriture...
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Kerouac is back !

Message  hipnik le Jeu 10 Mai 2012 - 18:57

Festival Kerouac ! On the road again ! L'écrivain ultra-catholique est particulièrement fêté ce mois de mai (mois de Marie !)


Du 16 mai au 19 août 2012 : exposition du rouleau original de papier calque de 36 mètres sur lequel Kerouac a écrit Sur la route. Elle se tient au musée des lettres et manuscrits, 222 boulevard Saint Germain 75007 Paris et s'intitule " Sur le route de Jack Kerouac : l'épopée, de l'écrit à l'écran"

L'édition de "Sur la route. Le rouleau original" sort en tirage limité en Folio

Le 15 mai, sortie chez Gallimard de deux inédits : "Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines", roman co-écrit en 1945 avec William Burroughs et "Beat Generation", une pièce de 1957.

Le 23 mai, sortie en salle du film "Sur la route"
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