Sexualité et handicap

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Sexualité et handicap

Message  Dr_Natural le Sam 4 Aoû 2012 - 15:46

Un article d'Emmanuelle Dal'Secco sur http://www.handicap.fr


Sexualité et handicap : un tabou à faire sauter






Les personnes handicapées qui vivent en établissements ont-elles droit à une sexualité ? Oui dans le fond mais comment dans la forme ? Un groupe de travail mis en place par L'ADAPT libère la parole des encadrants et des résidents sur un sujet sensible.

Libertins ! Voilà ce qu'ose dire Jean-Baptiste, moniteur en ESAT, de ses travailleurs. En tant que responsable de la menuiserie, il doit gérer à la fois leurs compétences professionnelles et leurs déboires sentimentaux et sexuels ! A l'heure où le débat sur l'assistanat sexuel fait rage autour de ceux qui sont empêchés dans leur sexualité, d'autres s'en donnent à cœur joie, de manière active et parfois débridée.

Non, les personnes handicapées ne sont pas des anges asexués ! C'est pourtant ce qu'on a essayé de leur faire croire, de nous faire croire depuis toujours. Jusqu'à ce Pascal Duquenne s'adonne à une scène d'amour dans le « Huitième jour » ! Trisomique et romantique, ça peut en effet rimer ! Mais tout n'est pas toujours aussi rose derrière les murs des ateliers protégés et autres établissements, et avoir une ébauche de vie affective, c'est parfois le parcours du combattant.

Enfin un groupe de parole dédié !

« Nos travailleurs ont une vie sentimentale très dense, insiste Jean-Baptiste. Nous avons tenté l'intégration d'une jeune femme dans notre atelier mais c'est devenu très compliqué. Elle s'est rapprochée d'un des travailleurs, l'a quitté et a retrouvé quelqu'un au bout d'une semaine. Ils passent de l'un à l'autre très facilement. Nous en avons un, c'est un vrai tombeur ! Ils semblent débarrassés de toute inhibition. Ici, le libertinage est affirmé, et la fidélité est loin d'être un concept acquis... » Un sort enviable, finalement ? Pas vraiment !

Allons plus loin avec Muriel Péquery. Au sein de L'ADAPT Seine-Maritime, elle a mis en place, en 2006, une initiative plutôt innovante, voire révolutionnaire. Avec l'appui du directeur d'un foyer d'hébergement de l'ARRED (une association rouennaise), elle anime en effet un groupe de travail qui rassemble les professionnels de L'ADAPT et aborde les questions de vie sentimentale et de sexualité, dont ils peuvent à leur tour débattre avec leurs usagers lors de groupes de parole. De véritables exutoires où les non-dits et tabous volent enfin en éclat. Pour les uns comme pour les autres... Car les équipes d'encadrement sont, elles aussi, prises au dépourvu par cette problématique. Comment, en effet, tolérer des ébats dans les toilettes collectives ou des caresses insistantes aux vues de tous ? « Ce groupe de travail est donc également très important pour les professionnels, explique Muriel, puisqu'ils peuvent trouver des réponses à des situations qui, il faut bien l'avouer, ne sont pas faciles à aborder. » Un engagement nécessaire, et courageux, car il va sans dire que les détracteurs ont la dent dure : « Lorsque j'ai mis ce principe en place, explique Muriel, on m'a traitée d'obsédée sexuelle. Je travaillais dans un foyer pour déficients intellectuels où le règlement intérieur précisait qu'il était interdit d'avoir un rapport, ou même de s'embrasser ou de se tenir par la main. » Une bombe à retardement...

Les revers du modèle « porno »

Car l'analyse de Muriel est sans appel. « Les jeunes handicapés ne sont ni des anges ni une bêtes, ils ont des besoins et des désirs, comme tout le monde ». Or les institutions dans lesquelles ils vivent, mais également leurs familles, ne leur permettent jamais d'aborder ces questions délicates. Ils ne connaissent pas leur corps, n'ont jamais expérimenté les jeux innocents entre copains-copines et cousins-cousines. Et puis, soudain, à l'adolescence, ils sont en proie à des sensations qu'ils n'ont jamais soupçonnées, et qu'ils doivent continuer à taire. Ils ne sont pas en mesure de maîtriser leurs désirs et passent souvent à l'acte au cours de rapports considérés comme délictuels. « On m'avait demandé de gérer le cas d'un résident qu'on accusait d'attouchements sur un enfant. Il avait fait cela sans aucun vice et sans mesurer la portée de ses actes. Tout simplement parce qu'on n'avait jamais pris la peine de lui expliquer que c'était interdit. » La violence devient, elle aussi, un mode d'expression récurrent car ces jeunes n'ont souvent appréhendé la sexualité qu'à travers le prisme réducteur des films pornos où la femme est un objet, où toutes les humiliations sont permises. Des jeunes femmes qui vivent en couple se plaignent de la façon dont elles sont traitées par leur compagnon, sans ménagement, tout d'abord parce qu'ils n'ont que cette référence du sexe, mais aussi parce qu'ils ont une méconnaissance totale de leur corps. Comment appréhender et respecter son partenaire lorsqu'on ne se connaît pas soi-même ? « Ils n'ont aucun modèle, aucun mode de fonctionnement enseigné alors ils répondent tout simplement à leurs pulsions. C'est pourquoi, il est urgent de libérer la parole mais aussi de travailler avec eux sur leur schéma corporel. »

Parentalité compliquée
Toujours surveillés, un éducateur sur le dos qui guette leurs faits et gestes, et réprime ceux qui peuvent paraître déplacés... Marie, 23 ans, a un petit copain depuis six ans. Fidèle et amoureuse, elle envisage même d'acheter un appartement pour y vivre ensemble. Mais, pour le moment, elle est logée en appartement collectif avec deux autres jeunes femmes. Suivie par le SAVS local, elle peut recevoir son ami en journée mais pas question de passer la nuit avec lui. C'est inscrit dans le règlement ! Et puisque le week-end, elle retourne chez ses parents, c'est un peu compliqué pour l'intimité. Au delà de la sexualité, c'est aussi la question de la parentalité des personnes handicapées qui se profile. Les grossesses surviennent plus souvent qu'on ne le croit, par accident, par caprice, par désir ardent. « Chez les jeunes femmes déficientes intellectuelles, poursuit Muriel, on observe des grossesses à répétition, ce qu'on appelle le désir « d'enfant de remplacement ». Elles tombent enceinte, accouchent en CHU, rencontrent un système qui les juge inaptes, sont dépossédées de leur bébé... Et recommencent ! » L'établissement de L'ADAPT travaille actuellement sur un document d'évaluation à la capacité d'être parent qui permettrait aux éducateurs d'accompagner celles et ceux qui ont ce projet, pourquoi pas légitime, d'enfant.

Partie non négociable de notre humanité

Bref, sexe et handicap livrent un scénario qui semble échapper aux conventions, si tant est qu'il y en ait dans ce domaine... Mais à la faveur d'initiatives, trop rares (?), comme celle proposée par Muriel, les langues commencent à se délier. En février 2011, en partenariat avec l'ARRED, elle organisait un colloque sur ce thème, « Vivre sa sexualité avec un handicap ; comprendre pour accompagner ». Le sujet n'est pas facile mais la prise en compte de cette problématique semble s'amorcer, sous l'impulsion, notamment, des nouvelles générations de parents qui prennent conscience que leurs enfants sont de futurs hommes et femmes avant d'être des « handicapés ». « Et c'est tant mieux, conclut Muriel. J'ai croisé bon nombre de femmes qui ont aujourd'hui 50 ans, qui n'ont jamais eu de petits copains, deviennent acariâtres et jalouses, et tombent amoureuses du premier éducateur qui passe, avec une possessivité souvent déplaisante. » Il faut partir du principe que l'équilibre sexuel est loin d'être une fantaisie, peu importe l'individu. Une vie affective épanouie fait partie des libertés fondamentales, a le mérite de favoriser l'ouverture à l'autre et donc de faciliter l'insertion sociale et professionnelle. Un sésame, en quelque sorte, partie non négociable de notre humanité commune.


J'aime bien l'idée que la sexualité est une partie non négociable de notre humanité.
Ça nous change de ceux qui nous prônent, jusqu'à ce forum, l'abstinence, la masturbation solitaire ou d'apprendre à jouer aux échecs !
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Re: Sexualité et handicap

Message  Doctor Sex le Dim 25 Nov 2012 - 11:16


Handicap : un livre-manifeste pour défendre le « droit au plaisir charnel pour tou
s »

par Hervé de Chalendar (L'Alsace, 22 novembre 2012)



Ce n’est pas parce que l’on est une personne handicapée que l’on n’a pas droit à l’amour, notamment charnel. Ce principe établi, comment l’appliquer ? Marcel Nuss publie un livre sur la question éminemment sensible de l’accompagnement sexuel.

Provocateur, Marcel Nuss ? « Ce que je veux, c’est provoquer le débat », rétorque, avec un sens de la formule intact, l’Alsacien de 57 ans, « plurihandicapé », au moment où sort son dernier livre, intitulé « Je veux faire l’amour ». « Handicap, sexualité, liberté », précise le sous-titre. Le cocktail a de quoi attirer les projecteurs des médias nationaux ( Libération doit lui consacrer son fameux portrait de dernière page)… et diaboliser encore un peu plus ce père de deux enfants, poète, essayiste et consultant, au parcours de vie proprement extraordinaire, auprès de tous ceux qui, dit-il, le considèrent « a minima comme un obsédé »…

« Toute personne a le droit d’accéder au plaisir charnel si elle le souhaite », annonce la quatrième de couverture. C’est beau comme un article des Droits de l’homme… Mais une fois le principe énoncé, comment le mettre en pratique ? C’est tout l’enjeu de ce livre. Et c’est à la fois nécessaire et explosif.

C’est une évidence que certains oublient : ce n’est parce que l’on a un handicap que l’on n’a pas de sexe. Cette question du handicap et de la sexualité, et donc de l’éventuel accompagnement sexuel (pratiqué notamment en Suisse ; voir ci-dessous), est une vraie question. « C’est un sujet complexe, mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire, pour interdire purement et simplement ! Je veux dénoncer une atteinte à l’éthique d’une République démocratique, ainsi qu’une immense hypocrisie. »

En 2007, un colloque sur ce thème a été organisé au Parlement européen. Et un rapport (pour lequel l’Alsacien a été auditionné en février) doit être rendu bientôt au gouvernement. « La situation est dramatique. Dans certaines institutions, dès qu’on met en avant ses pulsions, on est considéré comme un moins-que-rien… » Mais tous les responsables ne se voilent pas la face : Marcel Nuss cite volontiers le cas de ce directeur d’établissement du Nord qui emmène régulièrement un de ses pensionnaires, déficient mental, voir une prostituée parisienne. « Il le fait parce qu’il s’est rendu compte que cet homme se mettait en danger ; aujourd’hui, celui-ci est beaucoup plus équilibré… »

« Prostituée » : le mot est lancé. Et le débat avec lui. Comme à son habitude, Marcel Nuss s’exprime de façon très concrète, même quand il s’agit de l’intime. Pour ce livre, il a tenté des expériences ; et s’est donc, d’une certaine façon, mis en danger « Je n’aurais pas pris ce risque si je n’avais pas une vie sentimentale et sexuelle équilibrée : il faut être bien dans sa tête, car c’est violent, le rejet que l’on peut subir… »

Ces expériences sont de plusieurs ordres. D’abord, il s’est inscrit sur une dizaine de sites de rencontres. « On nous dit que ce que veulent surtout les personnes handicapées, c’est de l’amour. J’ai dit ‘‘OK, on va voir…’’» La candidature de Marcel a été refusée deux fois sur un site réputé… et accepté la troisième quand il a remplacé sa photo par celle de son accompagnant. Il a aussi « testé » les services d’une accompagnante sexuelle et de plusieurs escort-girls. Sa conclu-sion ? « Une partie des travailleurs sexuels dûment formés, et évidemment non exploités, feraient d’excellents accompagnateurs sexuels. C’est plus clair, il n’y a pas l’ambiguïté qui existe avec les personnes qui viennent du social, sont mariées, ont des enfants… » On entend déjà les hauts cris…

Ce livre va indigner les uns et réjouir les autres, mais il a ce grand mérite de n’éluder aucune question, surtout pas quand elle est iconoclaste. Quoi ? Comment ? À quel prix (dans tous les sens du terme) ? L’auteur aborde même la misère sexuelle au-delà du handicap. « Mon but n’est pas d’avoir raison, mais je ne supporte plus l’intolérance. Au nom de quoi une minorité interdirait à une autre de vivre selon son libre choix ? Ce que je voudrais, c’est que se mettent autour de la table les parents, les personnes handicapées et les professionnels. Chacun doit se remettre en question : les professionnels, qui n’ont pas tous les droits ; les parents, qui ne doivent pas infantiliser leurs enfants ; et les personnes handicapées, qui croient que tout leur est dû… »
http://www.lalsace.fr/bas-rhin/2012/11/22/un-livre-manifeste-pour-defendre-le-droit-au-plaisir-charnel-pour-tous


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Re: Sexualité et handicap

Message  Dr_Natural le Sam 20 Avr 2013 - 18:08

"JE VEUX FAIRE L'AMOUR" crie, dans une tribune (Libération du 28 mars 2013) Patricia Assouline, handicapée moteur, indignée par la décision du Comité d'éthique de refuser des assistants sexuels pour les handicapés.
http://www.liberation.fr/societe/2013/03/27/je-veux-faire-l-amour_891749
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Re: Sexualité et handicap

Message  mimi pinçon le Lun 22 Avr 2013 - 10:37

Pas uniquement les handicapés ! Tout le monde, sans aucune exception, handicapés ou non, homme ou femme, riche ou pauvre, laid ou beau, jeune ou vieux, détenu ou libre devrait pouvoir avoir accès, s'il le désire, et sans aucune difficulté, sans aucun problème, à une vie sexuelle, à une sexualité épanouie...
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