Colères

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Colères

Message  neo-codion le Sam 13 Avr 2013 - 21:01

Des affiches qui ont fleuri ces derniers temps dans les quartiers populaires de Paris :




Les néons des villes ne font qu’éclairer notre colère

On vou­drait nous faire croire que la ville c’est le pro­grès, mais le pro­grès ne nous détruit jamais aussi pro­fon­dé­ment que lorsqu’il cons­truit. Les villes dans les­quel­les nous vivons sont à l’image de nos vies civi­li­sées : ennuyeu­ses, froi­des et vidées de sens, écrasantes par leur taille, étouffantes par leur manque d’air. Pour com­bler le vide de nos exis­ten­ces urba­ni­sées, nous avons donné des iden­ti­tés aux villes, comme pour se faire croire qu’elles sont uni­ques, qu’il peut y avoir une fierté quel­conque à en être. Mais quoi qu’il en soit, les villes se res­sem­blent toutes. Qui peut encore dif­fé­ren­cier d’une ville à une autre un super­mar­ché, un centre com­mer­cial, une gare, un aéro­port ou une prison ?

Qui veut encore se réap­pro­prier la ville, la gérer, ou même l’auto-gérer, plutôt que de la détruire ?

A quoi ser­vent donc ces bancs sur les­quels nous ne trou­ve­rons jamais de posi­tion confor­ta­ble, à quoi ser­vent donc ces toits en pente sur les­quels nous ne pou­vons pas sto­cker de pier­res pour caillas­ser la fli­caille, et ces lam­pa­dai­res qui nous éblouissent pour mieux nous rendre visi­bles aux yeux mena­çants des camé­ras de sur­veillance tou­jours plus nom­breu­ses, puis ces patrouilles de flics qui nous inter­di­sent de nous ras­sem­bler ici ou là, ces bar­be­lés sur les­quels nous déchi­rons nos jambes lors­que nous sau­tons les murs qui nous enfer­ment, ces rues tel­le­ment immen­ses que nous nous y sen­tons trop petits pour les bar­ri­ca­der, ces pom­piers qui par­tout ten­tent d’éteindre nos feux de joie et de colère, ces média­teurs qui cher­chent à orien­ter notre révolte au ser­vice de ce monde sans saveur et ces poli­ti­ciens qui voient en la ville l’espace idéal pour nous conte­nir, nous par­quer et sté­ri­li­ser notre rage. Mais l’urba­nisme n’est que l’un des roua­ges de cette société de domi­na­tion, il fonc­tionne de pair avec le sys­tème judi­ciaire, le main­tien de l’ordre, la traque des indé­si­ra­bles, le sys­tème éducatif et car­cé­ral et toutes les autres ins­ti­tu­tions du pou­voir et de l’auto­rité. Son but est de cons­truire des villes opti­mi­sées pour le contrôle exercé par les flics et les citoyens. Il n’y a pas un urba­nisme qui serait émancipateur, il n’y a que des villes à détruire de mille feux.

La ville ne tend qu’à la mas­si­fi­ca­tion et la stan­dar­di­sa­tion des indi­vi­dus, son amé­na­ge­ment, lui, ne vise qu’à pré­ve­nir le débor­de­ment et assu­rer la paci­fi­ca­tion qui garan­tit la bonne marche sociale des rap­ports de domi­na­tion.

Le moin­dre recoin de chaque ville ne répond qu’à deux besoins : le contrôle social et le profit.

Ainsi, nous ne vou­lons pas nous réap­pro­prier les villes ni les gérer nous-mêmes, car elles ne nous ont jamais appar­tenu, elles n’ont jamais rien été d’autre que des ins­tru­ments de notre domi­na­tion, que des pri­sons à ciel ouvert, et nous n’en vou­lons plus. La seule chose que nous pou­vons faire des villes, c’est les trans­for­mer en ter­rains de jeu où libé­rer nos désirs insur­gés.

A ceux qui veu­lent nous civi­li­ser, nous répon­dons par la sau­va­ge­rie de nos pas­sions des­truc­tri­ces, jusqu’à la fin de toute domi­na­tion. La ville, nous ne vou­lons ni nous en évader ni nous la réap­pro­prier, nous vou­lons détruire inten­sé­ment et dans la joie le monde qui la pro­duit, et elle avec. Pour l’insur­rec­tion.

Des sau­va­ges.

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